26.04.2010
Potosi : les restes de l'histoire
Du 28 au 30 mars...
J'arrive à Potosi à la madrugada, 1 heure du matin, après un trajet sur une piste chaotique.. On peut rester dans le bus jusqu'au lever du jour alors j'en profite pour récupérer un peu. Et puis les premières foulées dans cette ville, la plus haute du monde, un poil plus de 4000 m, toute en pente, alors respiration saccadée et rapide...
Je déboule à l'hostal Koala Den qu'on m'avait conseillé... un repaire à touristes anglo-saxons... Heureusement, parmis eux un groupe de dissidents argentins, et Romario notamment, étudiant en psychologie, avec qui je sympathise. Baltasar également, un hollandais de 19 ans, qui a fait l'honorable effort de prendre un mois de cours d'espagnol à Buenos Aires avant de s'élancer sur les routes de ce continent incroyable... Baltasar joue de la guitare, apprend des morceaux de blues et quand il aime pas la fin du morceau, ben il en invente une autre...
Je me balade pas mal dans les rues les deux premiers jours... Je suis en train de lire le bouquin d'Eduardo Galeano, "Les veines ouvertes de l'Amérique Latine" et pas mal intrigué par tout ce qu'il y raconte... Et dès le début il est question de Potosi... Potosi a été un lieu tranquille et sans histoire longtemps, un bout de terre tranquille au milieu des colines alentour... Et puis en 1545, un berger se retrouve un jour à courir après un lama échappé de son troupeau, et la nuit arrivant, se repose et se rechauffe en faisant un feu. Il est sur le Cerro Rico, et il voit briller à la lueur de son feu une veine d'argent. Il faut peu de temps aux conquistadores espagnols assoifés de métaux précieux pour débarquer, fonder la ville, percer la coline de 5000 mines, utiliser les indiens pour y travailler, les inciter à consommer la feuille de coca pour supporter les conditions de travail, les relayer avec les "nègres" importés du Brésil, vider la coline de sa substance et déserter... Il parait qu'avec tout l'argent extirpé, on pourrait construire un pont d'argent au dessus de l'Altlantique qui relierait Potosi à Madrid... Il parait qu'avec les ossements des indiens morts au travail aussi (à peu près 6 millions)...
Que reste t'il aujourd'hui ? Après avoir été à sa période faste la ville la plus riche et la plus peuplée d'Amérique du Sud, Potosi vit aujourd'hui toujours grace à la mine... Mais la valeur des minerais n'est plus la même puisqu'on y exploite le zinc et l'étain surtout. Pas d'autre alternative. Les conditions de travail sont apparemment meilleures qu'il y a quelques années, on voit d'ailleurs quelques panneaux préventifs pour le port du casque et la médecine du travail, mais on y meurent toujours entre 40 ou 50 ans de la silicose. Les enfants commencent à y travailler à partir de 8 ans. Les mineurs utilisent encore la dynamite à mèche. 30 secondes pour s'écarter de la zone. Si une dynamite ne saute pas, on attend le lendemain pour revenir... A l'intérieur de la mine, j'ai une vague impression de me retrouver dans Germinal... Les parois sont étayées avec des madriers de bois qui pourrissent en 3 ans... Et puis au fond d'une galerie de chacune des mines se trouve El Tiu. Le diable. Le dieu que les espagnols avaient mis en place pour inciter les indiens très croyant à rester à l'intérieur. "Si tu sors et ne respecte pas la mine, le Tiu sera mauvais avec toi..." Aujourd'hui encore le Tiu est vénéré : les mineurs lui offrent feuilles de coca, cigarettes, alcool... Et puis chaque année, un lama est sacrifié et ses organes encore frais sont enterrés à l'entrée de la mine, pour le Tiu...
Les rues du centre de Potosi témoignent de la richesse passée : de nombreuses églises, des façades et des larges portes d'époque... Et dans ce décor, on cire les chaussures, on mendie, on vit de la débrouille. Sans l'argent extirpé à Potosi par les Espagnols, et récupéré par les Français, les Anglais, et les Hollandais, sans ces capitaux, rien n'aurait permis de batir l'industrie de l'Europe (dont les ressources minières étaient alors épuisées) telle qu'on la connait aujourd'hui... Sans le pillage du continent sud américain (parce que Potosi et son argent ne sont qu'un exemple), la donne serait différente et le Monde serait sans doute différent... Réfléchissons... Peut-être comme ça d'ailleurs :

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27.03.2010
Bienvenido en Bolivia !!!
Du 20 au 27 mars
Ca y est, je fini par passer la frontiere bolivienne, tamponnage de passeport a coté de la photo officiel du premier président indien Evo Morales, et alors s'offre a moi les rues de Villazon, choc des cultures, jonchées d'étales de fortune ou des femmes en costumes traditionnels vendent vetements, fruits et épices. Des couleurs et des odeurs comme jamais ! Mais je me dirige vite a la gare routiere pour ne pas louper le dernier bus et la c'est la cour des Miracles ! Ca va, ca vient, des types aux gueules pas possibles, ca gueule les prochaines destinations pour écouler les derniers billets "Potosiiiiiii, Tupizaaaaa, La Paz, La Paaaaaaz !!". La femme qui me vent mon billet donne le sein a son bébé qu'elle tient dans un bras tandis qu'elle écrit de l'autre et surveille du coin de l'oeil sa fille jonchée sur le comptoir, les gens qui attendent sont chargés de paquets emballés tant bien que mal, des femmes portent dans le dos leur chargement ou leur enfant saucissonnés dans des tissus aux couleurs vives ! Bienvenido ! Le bus part finalement sur la piste de terre qui mene a Tupiza, deux heures plus loin...
Me voila rendu a Tupiza, petite ville du sud de la Bolivie. Je ne m'éternise pas, juste le temps d'organiser mon prochain départ et de rattraper un peu le retard du blog... Je parcours quelques agences, cherchant une excursion dans le sud Lipez... Il reste une cinquieme place pour compléter un groupe qui part le 23 mars... Trois hollandais et un sud africain qui se connaissent déja, le risque d'entendre parler anglais pendant 4 jours... Mais peut-etre la chance qu'ils maitrisent déja le castellano et soient ouverts... C'est parti !
Alberto est notre chauffeur et guide. Elisabeth, ou Eli, est sa femme et la cuisiniere... Et oui, on n'a rien d'autre a faire que de se laisser trainer les fesses et profiter...
On embarque donc mardi matin dans le gros Toyota Land Cruiser, un 4x4 taillé pour les chemins qui nous attendent... La piste sableuse commence rapidement. Et déja le décor nous enchante. La Quebrada de Palala et le Sillar sont des colines de sédiments fragiles que la pluie et le vent ont érodé jusqu'a leur donner des airs de cathédrales rouges... On s'éleve déja, a plus de 3500 metres...La vue se dégage sur le massif de la région de Tupiza. Le ciel est entierement dégagé, l'air frais sous le vent d'altitude, et les reliefs qui se dessinent tout autour nous éblouissent déja. On arrive a un col de 4200 metres, premiere fois de ma vie que j'ai les pieds sur une terre si haute. Mais ca ne parait pas, parce qu'on est dans l'altiplano, fait de ces hautes plaines, et donc d'emblée la tete plus pres du ciel... et du soleil, qui régale nos joues rougies de ses rayons ! La route se poursuit vers la Mina Chicobija, ou a travaillé Alberto de 8 a 20 ans... Il nous parle un peu des conditions difficiles, la chaleur étouffante a l'intérieur, l'humidité, sans compter les efforts physiques, et ca jusqu'a 20 heures par jour... On passe par le Paso del Diablo, un col dominant la région et dont le vent balaie le sable rouge, puis le paysage change quand on arrive sur Abra Pampa, petite zone plus plane et surtout parcourue par des petits cours d'eau qui amene une herbe dont se régale les lamas... La route se termine ce jour la a San Antonio de Lipez, petit village de 200 ames qui vivent de l'agriculture et des touristes qui y passent la nuit. Je me pose pres d'un petit cours d'eau, face a une belle montagne, a observer la vie tranquille du village... Avant de manger, Eli nous prépare une infusion de feuilles de coca, afficaces pour éviter les douleurs de tete et d'intestins que peut provoquer l'altitude...
Le lendemain, on quitte tot le village, a 5h30. Des lors on oscille aux alentours de 4000 m d'altitude. On arrive rapidement au Pueblo Fantasma (village Fantome), fait de ruines pré-colombiennes. A cette époque, le village s'est dépeuplé peu a peu, les habitants mourant les uns apres les autres d'une étrange maladie. On en a déduit que le pueblo était maudit et les "survivants" sont partis fondés San Antonio de Lipez. Et puis il y a 10 ans, certains décident d'y retourné pour exploiter a nouveau la mine proche. Mais la nuit, ils y entendent des bruits, notamment des hommes travaillant... Le village est désormais déserté, et fantome ! On traverse dans la journée deux autres villages, Quetena Chica et Quetena Grande, des maisons de briques de terre crue traversée par la piste sableuse. Les gens nous regardent passer, depuis leur quotidien précaire. Ils sont a 400 km de toute ville digne de ce nom, et vivent de l'élevage de lamas, qu'ils vendent en échange de légumes. C'est la la porte d'entrée de la réserve nationale de la faune andine Eduardo Avaroa. Le 4x4 s'arrete a las Aguas Termas, sources chaudes a 38°C ou on profite d'une pose d'une demi-heure pour prendre un bain (pendant qu'Eli nous prépare a manger...). Puis arrivent les rocas de Dali (rochers dispersés on ne sait comment au milieu d'une zone désertique) et les premieres lagunes colorées, la Laguna Blanca, la Laguna Verde, située en contrebas du Volcan Licancabur et ses presque 6000 metres. On est a la frontiere avec le Chili. Dans les lagunes salées, les flamands andins commencent a faire leur apparition. J'ai oublié de préciser que dans la voiture, a mon grand désespoir, on parle anglais. Je patauge. Heureusement Alberto et Eli sont la ! On s'arrete plus loin aux Geisers Fumarolas, caractéristiques de cette zone volcanique, bouillonant de boue et d'acide sulfurique qui rejetent des fumeroles, troublante image au milieu de cette zone désertique, et la journée se termine magnifiquement par la Laguna Colorada. Le borax et les algues lui apportent son marron, son rouge, et son blanc, tandis que les flamands donne des pointes de rose... Je reste la jusqu'au coucher du soleil, moment exceptionnel de tranquilité devant les flamands roses imperturbables dans leur quete aux vers... C'est le silence absolu, et je me rends compte que ca n'est pas si souvent qu'en pretant l'oreille, on a la chance de ne rien entendre...
Jeudi, debout a 5h30. El arbol de Piedra est notre premier arret, un roc érodé en forme d'un arbre pétrifié, toujours au milieu de ce désert aride. C'est la qu'on profite du lever du soleil... Il fait froid. Les écarts de températures entre la nuit et le jour sont énormes. Enfin tout dépend du vent qu'il fait... Puis s'enchainent les cinq lagunes salées Ramaditas, Honda, Charcota, Hedionda et Cañapa, rivalisant de beauté et de quiétude, et dans lesquelles les flamands andins cherchent leur nourriture. Comment garder en mémoire tous ces détails magnifiques ?! Sur la route qui mene au Salar de Chiguana, ou on s'arretera manger, apparait au loin le volcan Ollagüe, fumant. On peut s'arreter a San Juan pour la nuit, il y a bars et karaoké, mais a vrai dire l'idée de dormir a Villa Candelaria, au bord du Salar de Uyuni nous emballe davantage... Dans un hotel de sel en prime ! Je grimpe sur la coline recouverte de cactus a laquelle le village tourne le dos. Elle n'est pas tres haute mais l'ascension est pénible tant le manque d'oxygene se fait sentir. Ca vaut le coup malgré tout. Depuis la haut le Salar de Uyuni s'étend a perte de vue. On distingue simplement des montagnes, tout au fond, a peine visibles... Puis le soleil disparait et apporte rapidement sur le Salar l'ombre de la coline depuis laquelle j'observe le spectacle incroyable de la nature.
Dernier jour... Mon anglais s'améliore. Réveillés a 5h00 aujourd'hui pour observer le Soleil se lever sur le Salar de Uyuni. On part vite en voiture se perdre au milieu de cette croute de sel de 12000 km2. Un moment tres fort, indescriptible, les teintes des quelques nuages virant du tres sombre, au rouge, puis progressivement au blanc. Les lueurs de l'aurore sont jaunes sur le Salar, tandis que le Soleil s'éleve rapidement. On s'arrete ensuite, au milieu des nuées de touristes, sur la Isla del Pescado, une ile élevée la au milieu du Salar, recouverte de cactus. Du point le plus haut, on a une vue a 360° sur l'horizon blanc. Je suis sans voix, pas sur de réaliser pleinenement tout ce que je vois. Ca me parait irréel. Alverto nous raconte la légende du volcan Tunupa et du Salar. Il y a plusieurs dizaines de milliers d'années, Tunupa était une femme magnifique vivent pres de La Paz, que tous les hommes désiraient. Bien qu'elle n'en voulait aucun, les hommes se bataient pour elle, et elle fut obligé de partir vers le sud, dans la région de Lipez. Sur la route, un homme s'éprit pour elle et, Tupuna refusant ses avances, il la viola, lui laissant un enfant. Cette enfant, belle comme sa mere, mourue apres quelques mois. Tupuna, désespérée, se jeta dans le lac Ballivían (qui occupait alors la place du Salar). Mais une pierre s'éleva du lac et remonta Tupuna a la surface. Cette pierre est aujourd'hui le volcan... Et les larmes et le lait que Tupuna a versé en quantité on donné l'appararition du Salar du Uyuni, duquel nous nous écartons progressivement apres avoir longé les petites pyramides de sel destiné a etre raffiné et consommé.
Alberto et Eli nous laissent a Uyuni. Je me trouve rapidement un bus pour Potosi, d'oú je vous écris, ou je vais découvrir ce qui a fait la richesse de l'Europe et la pauvreté de la Bolivie : la plus grande mine d'argent du monde, aujourd'hui vidée parce que nos coffres forts s'en sont remplis...
18:09 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Norte-Oeste de Argentina : Salta y Jujuy
Du 1er février au 20 mars...
Deux jours de bus apres avoir quitté Valaparaiso et me voila de nouveau a Pelotas, avec Lúcia. Un peu plus d'un mois la bas... Que c'est bon de poser un peu les valises et de se la couler douce... Mon premier carnaval brésilien a Jaguarao, pas mal d'errances dans les campagnes du Rio Grande do Sul, quelques jours sur une plage de sable fin, comme dans ce fameux reve collectif, pres de Florianopolis, eau transparente et plongée...
L'heure du départ a sonné. Derniere partie de ce voyage chez les Américains du sud. Le 10 mars, je reprends la route. Apres deux jours de bus, je débarque a Salta. Le soleil tape fort. J'ai assez mal dormi dans le bus, je suis fatigué, et encore plus a l'idée de devoir chercher un endroit ou dormir et ou manger. Et c'est reparti comme ca pour trois mois... Mais je ne vais pas me plaindre, j'entame la partie du voyage qui me tient le plus a coeur : celle ou la culture indienne est la plus forte, l'Argentine du Nord-Ouest, la Bolivie et le Pérou.
Les habitants de la région ont les traits indiens, évidemment encore plus a l'intérieur de la province, dans les petits villages des Quebradas. Je trouve un petit hostel, bien pourri mais suffisant. Il y a encore pas mal de touristes, mais en cette saison surtout des argentins qui finissent leurs vacances. Et puis des baroudeurs toujours, aux sandales et sacs a dos usés.
La place centrale de Salta est relativement jolie et bien préservée. Les édifices sont d'époque coloniale. Le reste est plus récent. Je me balade un peu dans les rues. tout y est organisé pour le touriste : agences de voyage qui proposent des excursions alentours, agences de location de voitures, centres d'appels téléphoniques (locutorio). Mais en s'écartant un peu de l'hyper-centre, on trouve des petites échopes en pagaille, des cafés qui proposent les déjeuners á pas cher, des vendeurs ambulants d'empanadas, des vieux assis sur le bord du trottoir, des chiens errants... comme partout en Amérique du Sud. Je fais un tour au marché couvert, j'aime cette petite habitude, on y trouve de tout pour manger, et on y croise la populace, des gueules tanées et édentés, et peu d'anglophones... Le musée d'histoire du Nord expose des pieces de céramique, des outils et des objets d'art des peuples primitifs. Quelle sensation que de se retrouver face a ces vases zoomorphes faconnés par des mains qui ont aujourd'hui pres de 1000 ans ! Un téléephérique permet de monter sur le Cerro San Bernardo, qui domine la ville. Salta s'étend plus que je ne l'aurais imaginer, entourée par des colines vertes qui coupent rapidement les rayons du soleil. Demain je prends la direction du nord.
Apres avoir passé Jujuy, le paysage change subitement. On passe des vallées vertes a un climat sec. Le bus e lache a un carrefour, au milieu de rien. Je suis au coeur de la Quebrada de Humahuaca, un corridor fait de colines seches, parsemées de cactus (cardones), et arrosé de soleil. Il est généreux, a plus de 2000 m d'altitude. Je pars plus a l'ouest en stop, vers le villag de Purmamarca. Ce pueblito vit du tourisme, on y trouve guere que des auberges, des restaurants, des boutiques de souvenirs et d'artisanat. La place centrale est entourée d'étales ou on trouve vetements. tissus andins, chapeaux et petites céramiques. Mais la plupart semblent manufacturés... Dans les rues poussiéreuses, on entend aussi bien parler anglais ou francais que castellano. J'ai la sensation triste que le village a perdu son ame. Depuis la coline d'en facesi on y grimpe un peu, on découvre une vue sur le Cerro de los 7 Colores au pied duquel Purmamarca et ses maisons en terre crue se sont installées...
La fin de la journée arrive, je rejoins Tilcara en stop, 25 km plus au nord, en remontant la Quebrada. Sur la droite, les colines sont magnifiques, dans un dégradé de couleurs ocres. LE type qui m'a pris en stop me dit qu'on appelle cette partie "la palette du peintre"... Il m'explique aussi que sur certains points hauts, la ou l'on apercoit une concentration de cactus, se trouvaient les Pucaras, les anciens villages des indiens primitifs. Arrivé a Tilcara, je croise Maria et Daniel qui tiennent un hostel confortable, tranquille et pas cher, ou je m'installe. Tilcara est plus grande et animée que Purmamarca mais elle reste un repaire a touristes, meme s'il est possible de s'y balader tranquilement. Ces villages sont situés sur le circuit "nord" de Salta et jujuy, dont parlent les guides touristiques type Lonely Planet ou Guide du Routard... Le musée d'archéologie expose des objets des cultures Nasca, Mochica, Chimu, Inca, Aguada... qui ont chacune appartenue a des epoques ou a des régions différentes. Je suis toujours impressioné de me retrouver face a ces poteries et figurines stylisées de ceux qu'on appelaient "sauvages". La visite du musée ouvre droit a celle du Pukara, l'ancien village pré-hispanique, aujourd'hui en ruine. Il est envahit par les cardones, que les indiens avaient planté la pour se fournir du bois. Ils pensaient sur le long terme parce que le bois du cardon n'est utilisable que quand il meure, sur pied, et ces cactus peuvent vivre jusqu'a 300 ans. Certaines maisons ont été remontées, pour se rendre un peu mieux compte de leur organisation, et on peut visiter la batisse que le guide appelle église, ouvrant sur une place ou se déroulaient les cérémonies, et ou les incas, peuple dominateur, avaient une place privilégiée. Le lendemain, je marche jusqu'a la Garganta del Diablo (la du Diable). 4 km suffacants, d'une part parce que le soleil tape fort, mais surtout parce que le manque d'oxygene se fait sentir : on est a environ 2500 m. L'altitude est allée en s'accroissant progressivement depuis mon départ de Pelotas. La gorge est un accident géologique d'une bonne centaine de metres de profondeur. Si on la remonte, on tombe sur une cascade qui l'alimente, et alimente aussi la ville par un systeme de canaux qui achemine l'eau par gravitation. La se trouve une communauté indienne, Ayllu Mama Qolla.
Je reprends la route pour me rapprocher de la frontiére bolivienne. Apres Humahuaca, on quitte la Quebrada et s'ouvre devant nous la Puna, prémices de l'Altiplano andin. Le car est bloqué á Tres Cruces par une manifestation qui barre la route. Ce sont des instituteurs qui revendiquent un peu de dignité : la moitié de leur salaire de base (512 pesos argentins soit 100 euros a peine, et ils touchent ensuite 3 pesos par éléve qu'ils ont en charge) leur est versé au noir par la province de jujuy... Le mouvement est suivi dans plusieurs pueblos : bloquage de route de 13h a 15h. Un tourite sans doute impatient de monter faire ses achats au rabais a la frontiere bolivienne me demande (en anglais car il ne comprend pas le castellano) pourquoi la gendarmerie ne les vire pas de force... On arrive finalement a la Quiaca et de la je rejoins Yavi, ma derniere escale argentine... Je débarque chez Monica, a la posdada La Casona, tres bonne ambiance assurée par les argentins de Buenos Aires (je suis le seul étranger...). Le lendemain, je pars pour une balade avec quatre d'entre eux le long d'un petit ruisseau bordé de rocs sur lesquels, en cherchant un peu, on peut observer des peintures rupestres. L'apres-midi, je pousse 4 km plus loin a Yavi Chico. J'essaie pour la premiere fois les feuilles de coca, et ma foi ca a bien l'air de fonctionner cette recette parce que je ne m'essouffle pas. Yavi Chico est un petit village paisible, assis au pied d'un pan sableux et rocailleux, travaillé par l'eau et le vent, qui s'étend sur plusieurs kilometres. On y vit exclusivement de l'agriculture, du maïs et des pommes de terre andines entre autres. Déja les costumes typiques apparaissent : ces chapeaux droits et plats en laine de mouton pressée, les robes larges, les tabliers, les nattes tressées... JE me rends sur l'Antigal, l'équivalent du Pucara. Mais cette fois, j'y suis seul. Les bases de certains murets apparaissent. En y regardant de pres, dans les coupes de terrain faconnés par l'érosion, je découvre meme deux morceaux de céramiques. Ils ont sans doute au moins 500 ans. Des ossements aussi...
De retour a la Quiaca, avant de passer la frontiere, je m'arrete observer un rassemblement de gauchos, ces hommes du campo qui tiennent les troupeaux. Apres quelques minutes, Daniel sapproche de moi, me demande d'ou je viens et m'explique que c'est la premiere fete gaucha de La Quiaca. Il m'invite a partager le repas avec eux, tete de vache cuite toute la nuit a l'ancienne, dans un trou creusé dans la terre sur lequel on fait un feu. Délicieux ! S'en suivront des jeux bien virils de parcours a cheval, de rodeo, des danses folkloriques et de la musique traditionnelle... Le soleil tombe vite, je prends la direction de la frontiere. Adios Argentina !
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